14 juillet 2016.

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Le chasseur et la reine des glaces…Voilà le film que je venais juste de voir quand j’ai zappé sur l’horreur. Je me sentais plutôt bien. Ils avaient prévu du soleil le lendemain, enfin. Peut-être que je proposerais à mon fils une journée à Pornic…Mais voilà, j’ai zappé. J’aurais dû éteindre la télé à la fin du film. Je me serais épargnée la consternation, la colère, les larmes.

Comprendre qu’il s’est encore passé l’impensable. Soupirer lourdement. Sentir cette sorte de peur qui remonte le long des jambes comme un serpent sifflant la stupeur. Et cette envie de fuir. Faire couler du café. Regarder BFM Tv. Savoir que je ne devrais pas, mais regarder quand même. Penser à mon garçon. Penser à rentrer chez moi pour de bon…

Le soleil est bien là aujourd’hui. A Nantes, ces derniers jours, il a joué avec nous, feignant de se montrer et puis se ravisant. Ce matin, j’ouvre les volets et il m’éblouit. Il est fier, inattaquable, indestructible. Ils ne s’en prennent pas au soleil. Ils s’en prennent à ceux qui sont dans l’allégresse. Ceux qui aiment les feux d’artifices. Aux enfants. Ils utilisent des armes, des certitudes, des camions. Certainement, ils ont piétiné leur âme et ce qui leur restait de bonté et de noblesse pour endosser le rôle de bourreaux que rien n’arrête. Ni les cris, ni les yeux qui supplient, ni les corps qui valsent. Bien sûr, il faut chercher à comprendre. Non pas pour pardonner ou amoindrir la douleur, mais pour essayer d’empêcher le cycle infernal. Pourtant, une part de moi ne veut pas comprendre. Une part de moi veut juste anéantir tout ce qu’ils représentent et sont, et faire comme s’ils n’existaient pas, comme si tout ceci n’était qu’un cauchemar absurde et cruel. Aller à la plage finalement, parce qu’il fait beau aujourd’hui, enfin. Rire. Cultiver précautionneusement l’insouciance. Ne se préoccuper que d’être heureux. S’approcher au plus près d’une certaine forme de liberté, et me jeter à coeur perdu dans cette illusion. Juste l’instant présent. Faire de cet instant un choix. Parce qu’autrement, il y a cette sourde angoisse de n’être qu’un pion sans véritable libre-arbitre. Et ce libre-arbitre, n’est-il pas, avec l’amour indissoluble, ce que nous avons de plus précieux?

Mon fils n’était pas encore couché hier soir quand la nouvelle s’est abattue sur moi comme la menace d’un été sans soleil. Il jouait avec ses playmobils. Un magnifique château-fort en playmobil qu’il avait construit avec son père dans la journée. Et tandis que se glaçait ma conscience, il voyageait ailleurs, dans ce monde de l’enfance où tout est possible et où cet instant présent si essentiel prend absolument toute la place. Je l’observe. Son débardeur laisse voir deux petits bras potelés qui s’agitent. Ses cheveux un peu trop longs, ses yeux qui pétillent. Alors la petite voix en moi, celle qui est sage, celle qui croit obstinément au meilleur en chacun et chaque jour, qui refuse de se laisser gagner par l’épouvante, par la xénophobie, par l’individualisme, cette petite voix souffle les mots qui réconfortent, qui donnent du courage, qui permettent d’avancer. C’est tout ce que j’ai.

Et bien sûr, j’ai une pensée pour ceux qui sont arrivés hier soir au bout de leur chemin. Et pour leur famille. Et je prie. Je ne prie pas ce Dieu duquel je ne sais rien. Je prie la vie, ce courant qui va quoi qu’il advienne. Je prie la vie d’apaiser les affres immondes, de panser les blessures, d’inoculer l’espoir et l’amour partout comme un vaccin puissant contre ces pauvres fous qui sèment la mort et élèvent face à nous le spectre de leur haine.

Puisse la vie nous unir face aux monstres, et non pas nous diviser dans l’espoir de leur échapper.

 

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