5 raisons d’abandonner la V E O

La VEO, ou Violence Educative Ordinaire, est délicate à définir, car elle est propre à chacun, et selon les ressentis, peut revêtir plusieurs formes.  On ne parle pas ici de violences excessives ou criminelles, mais de la “petite violence” faite aux enfants de tous pays, de toutes cultures et que 90% des adultes pratiquent dans une optique d’éducation.

Pour simplifier, on peut dire que la VEO est l’utilisation d’une force physique et/ou mentale à des fins éducatives. Elle est dite “ordinaire”, car elle est “considérée comme banale, souvent quotidienne, normale, tolérée, parfois encouragée par la société” ( cf Pour une enfance heureuse, Dr Catherine Gueguen).  On y classe les “coups, les menaces, les punitions, les chantages, les jugements, les dévalorisations, les isolements, les promesses jamais tenues…”

Lorsque mon garçon est né, j’ai très vite ressenti que ces “pratiques éducatives” n’avaient pas leur place à la maison. Je ne m’étais pas encore renseignée sur le sujet mais instinctivement je savais que ce que notre société considère comme normal, voire nécessaire à l’éducation, n’est en rien anodin. J’entends parfois (de moins en moins heureusement), que ne jamais donner de fessée et ne jamais punir son enfant est la meilleure façon d’en faire un adolescent irrespectueux, un adulte irresponsable, un délinquant, voire un criminel. Pourtant, les récentes études ont prouvé que c’est tout le contraire…

Les conséquences de la VEO : 5 raisons de l’abandonner.

En tant que personne, je n’aime pas les abus de pouvoirs ni les rapports de force. Je n’aime pas non plus les humiliations et vous n’obtiendrez pas mon respect en me molestant, seulement ma crainte. Les enfants sont des personnes comme les autres. Les souffrances physiques, morales, les menaces et la peur sont contre-performantes.

  • Parce que la violence entraîne la violence. “J’ai reçu des fessées et j’en suis pas mort”. Certes. Mais plusieurs études peu connues démontrent l’effet préjudiciable des “simples fessées”. En 2010, Catherine Taylor, de l’université de la Nouvelle-Orléans, conclu, après avoir suivi 2461 familles, que  les enfants de 5 ans qui subissent des fessées sont plus violents que les autres. Une étude observant plus de 11000 familles prouve le lien entre fessée et troubles du comportement chez l’enfant tels que syndrome d’hyperactivité, agressivité, conduites anti-sociales et délinquance. L’effet négatif des fessées et des gifles est confirmé par d’autres études qui montrent le lien entre châtiments corporels “banals” durant l’enfance et développement à l’âge adulte de troubles de l’humeur, dépression, troubles anxieux, dépendances à l’alcool et aux drogues et troubles dissociatifs. Les corrections plus fortes avec ceintures ou lanières, font des dégâts mesurables par IRM : en 2010, le cerveau de 31 enfants ayant subi des punitions corporelles est comparé avec celui d’enfants n’en subissant pas. Conclusion : le cortex orbito-frontal des premiers présentait une diminution de volume, celui-ci jouant un rôle essentiel dans le contrôle des émotions et la vie relationnelle.

 

  • Parce que les mots dévalorisants entraînent des troubles de la personnalité. Les paroles blessantes, les dévalorisations et humiliations ont des effets désastreux, démontrés eux aussi par de récentes études : troubles anxieux, dissociatifs, dépressions, manifestations d’agressivité à l’âge adulte. En 2009, Jeewook Choi, de l’université de Harvard, a montré que ces paroles blessantes altérent le fonctionnement des circuits neuronaux et de zones participant à la compréhension du langage. Résulat : somatisations, dépressions, troubles anxieux, personnalité borderline, paranoïa… Ces troubles apparaissent aussi lorsque l’enfant est humilié par d’autres enfants.

 

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  • Parce qu’une éducation basée sur la crainte entraîne l’insécurité. L’enfant soumis se révèle angoissé, pleins de doutes, avec des problèmes de confiance et d’estime de lui-même. Lorsque l’enfant a peur des coups, des insultes, des menaces ou des punitions, il fait l’expérience de la lâcheté, de la peur, de l’hypocrisie (fera les choses en cachette) et éventuellement de la provocation (peut en venir à défier ses parents). Pas tout à fait ce qu’on attend d’une éducation réussie. La VEO entraîne aussi chez l’enfant une confusion des sentiments, lorsque celui-ci réalise que la personne qu’il aime, qui est censée le protéger et l’aimer, est aussi celle qui le violente, lui crie dessus, le punit, le rabaisse…

 

  • Parce que récompenser est beaucoup plus sain que punir. Prêter attention à un mauvais comportement, par les cris, la punition ou la fessée, renforce ce comportement. Ce sont là les conclusions des études sur les punitions. Au contraire, valoriser les comportements positifs donne d’excellents résultats. Laisser à l’enfant la possibilité de réparer plutôt que sanctionner, encourager les efforts, complimenter, souligner les points positifs. “En encourageant l’enfant à réparer, on lui permet de se distinguer de ses actes. Le problème, ce n’est pas lui, mais ce qu’il avait fait. Par ailleurs, on lui montre qu’on le croit capable de réparer”.( cf Le meilleur pour mon enfant, Guillemette Faure) : estime de soi, confiance, valorisation, responsabilisation à la clé.

 

  • Parce qu’un enfant n’est pas “un mini être humain doté de mini-droits”. Il y a cette question d’un anonyme que j’aime beaucoup parce qu’elle est pleine de bon sens : “pourquoi appelle-t-on agression le fait de frapper un adulte, cruauté le fait de frapper un animal, mais éducation le fait de frapper un enfant?” Contrairement à la Suède, et à 33 autres pays dans le monde (pays scandinaves, Nouvelle-Zélande, Irlande, Pérou…),la France n’a toujours pas adopté de loi interdisant ces châtiments corporels. Pourquoi est-il interdit de frapper un adulte et pas un enfant? En quoi le devoir d’éducation d’un parent justifie-t-il le droit à la violence physique et morale?

Bien sûr, éduquer un enfant est une responsabilité et nous sommes faillibles, nous pouvons perdre patience, hausser le ton…Les parents ne sont pas tenus d’être parfaits, mais bienveillants. L’amour, bien sûr, est la clé. Aimer, être affectueux, encourager, valoriser, comprendre, écouter, montrer l’exemple…et apprendre, nous aussi, à être chaque jour meilleur dans notre rôle.

Et vous, la violence éducative ordinaire est-elle, comme moi, un sujet qui vous touche? Qu’en pensez-vous?


Pour aller plus loin :

  


Sources :

Pour une enfance heureuse, Dr Catherine Gueguen. ed Robert Laffont. 
Le meilleur pour mon enfant, Guillemette Faure, ed Les Arènes.

http://www.oveo.org/


 

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