J’ai lu Antispéciste, d’Aymeric Caron

Bien sûr, j’ai adoré Antispéciste. Ben oui, ça fait du bien. Voilà un ouvrage qui défend le véganisme (mais pas que) avec des arguments clairs et vérifiables, accessibles à tous et ce sans langue de bois.

Antispécisme?

On en a beaucoup entendu parlé ces derniers temps et enfin, le mot est entré dans le dico! Victoire! L’antispécisme, selon le Robert, est donc une “idéologie qui s’oppose au spécisme”. Et le spécisme? “Une idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces, spécialement la supériorité de l’être humain sur les animaux”.  Nous, les antispécistes, on ne trouve pas ça juste de câliner des chiens ou des chats et de manger des vaches ou des cochons…

Pour bien comprendre cette position, Aymeric Caron invite à l’observation des différentes espèces, que la nôtre exploite et détruit sans vergogne. L’empathie, cette capacité de se mettre à la place d’autrui, de ressentir sa douleur et sa joie pour mieux le comprendre, prend sa source dans l’observation. Mais il est vrai que nous ne savons pas grand-chose des animaux que nous élevons, envoyons à l’abattoir et mangeons. Ainsi, qui sait que les poulets ont une grande adaptabilité et qu’ils sont “loin d’être stupides”? Que “les brebis communiquent avec leurs petits au moyen de bêlements personnalisés”? Que les chimpanzés, les chiens, les rats rient? Comme le souligne si justement l’auteur, comment continuer d’exploiter et de manger sans honte des animaux auxquels l’on s’intéresse et dont nous sommes proches? Impossible. Pour cette raison, on en sait beaucoup plus sur les chiens que sur les cochons (personnellement, j’adore les cochons et si j’avais un jardin, j’en adopterai un, j’en rêve depuis toute petite!!)

 

Génocide…

Le terme irrite les spécistes. Pourtant c’est bien un génocide d’une ampleur inimaginable qui se joue chaque jour sur Terre. Caron précise : “il ne s’agit pas de comparer ce qui n’est pas comparable, mais simplement de tenir compte de la réalité étymologique d’un substantif”. Ainsi, le mot génocide vient du mot latin caedere, abattre, tuer, massacrer, et du mot grec yεvoς, qui signifie “tout être créé, toute réunion d’êtres créés”. Le massacre de plusieurs animaux constitue donc bien un génocide. Et quel massacre! Dans ce livre, les chiffres font mal. Ils ne sont pas seulement dérangeants, ils impriment la conscience, déroutent la raison et brisent le coeur.

“80% des animaux élevés en Europe pour notre consommation le sont dans des conditions concentrationnaires”. Imaginez : aucune liberté de mouvement, impossible de marcher, fouiner, gratter le sol. Des cochons qui deviennent fous parce qu’ils ne peuvent se mouvoir. Des truies coincées dans des stalles individuelles dans lesquelles elles ne peuvent même pas se retourner. Des vaches inséminées à répétition (des viols, purement et simplement), souvent sans accès à l’extérieur, simplement des machines à produire du lait. Quand elles n’en ont plus la force, elles sont transformées en steak. Des veaux (sans lesquels il ne peut y avoir de lait, bien sûr) retirés à leur mère dans les heures qui suivent leur naissance. Et ne pensez pas qu’une vache oublie son petit instantanément! La souffrance psychique est terrible. 70% des poules pondeuses ne sortent jamais de leurs cages, dans lesquelles elles ne peuvent pas déployer leurs ailes. Elles sont tuées au bout d’un an seulement, exténuées de leur très courte vie d’esclave. 40 millions de lapins, dont 99% élevés dans des cages grillagées sans déplacement possible. Jusqu’à 50 000 saumons d’élevages entassés dans des cages en mer. Il faut ouvrir les yeux, non seulement sur les conditions de vie de ces animaux destinés à nous nourrir, des conditions inhumaines, mais aussi sur le nombre pharaonique de ces victimes de nos appétits. En France, c’est plus d’un milliard d’animaux tués chaque année pour être mangés. Dans le monde, ce chiffre monte à 142 milliards. 142 milliards…

Et bien évidemment, il ne s’agit pas que de se nourrir! Il y a aussi la fourrure et le cuir : rien qu’en Chine, en 2014, 60 millions de peaux de vison, 13 millions de peaux de renard, 14 millions de peaux de raton-laveurs. C’est sans compter les chiens, les chats (écorchés vifs). Rien qu’en Chine, donc! Sinon  les matières synthétiques peuvent être à la fois chaudes et élégantes….Quelques lignes dans le bouquin sur les conditions de traque, d’enfermement et de mise à mort de ces animaux destinés à cette coquetterie cruelle et incompréhensible qui consiste à porter la peau d’un animal sur son dos. Quant au cuir, il ne provient pas, comme on le pense souvent, des animaux destinés à la viande. Il s’agit d’un marché à part entière.

Balayer les excuses…

Aymeric Caron aborde la question économique, bien sûr, et propose des solutions. L’élevage fait vivre près de 1.5 milliard de personnes dans le monde. Mais la disparition des petites entreprises au profit des industriels est inévitable. Le coût dérisoire de la viande prend les éleveurs à la gorge et engraissent les industriels. C’est bien écrit : “des animaux esclaves d’éleveurs eux-mêmes esclaves des industriels”. Et si les éleveurs se tournaient vers une “agriculture décarnée”? S’ils cultivaient des céréales au lieu d’exploiter des animaux? Ce sont des sujets qui piquent. Et quand Caron écrit que “nous payons tous pour que soient fabriqués des animaux qui vont ensuite être tués pour enrichir des industriels et leurs actionnaires”, c’est plus que de l’agacement qui m’envahit. C’est vrai, mes impôts servent aussi à ça.

L’élevage intensif est dramatique pour l’environnement, responsable de 80% de la déforestation en Amazonie, de 14% des émissions de gaz à effets de serre, et tout le monde sait aujourd’hui qu’1 kilo de boeuf a nécessité environ 15000 litres d’eau! (enfin, tout le monde…un ardent défenseur de la barbaque m’a soutenu récemment que ces chiffres étaient, je cite “de la propagande végane sortis d’on ne sait où”).  Il en faut 300 pour 1 kilo de riz. 3/4 des terres agricoles sont consacrées à la production de viande. Comme Aymeric Caron, et comme tout écologiste sensé et honnête, je pense que l’avenir doit être, au moins, végétarien. Il faut désapprendre la consommation de chair. Les spécistes purs et durs qui ne voient dans une vache qu’une grillade peuvent se pencher sur la question de l’environnement. Où notre responsabilité commence-t-elle?

vegan

Mais encore…

Antispéciste est un ouvrage qui a stimulé mon esprit de révolte. Je pratique le boycott autant que possible depuis quelques temps, pour manifester mon refus de participer (aussi minuscule soit ma participation) aux ignominies que se permettent au nom du profit les grands groupes industriels qui considèrent le vivant, l’homme, toutes les espèces et la nature, comme une machine à pognon, et ce sans aucune considération morale. C’est, comme l’écrit si bien Aymeric Caron, “le règne des salauds”. Il y a dans ce livre des mots qui résonnent fort : “violence suprême que celle qui touche l’homme ou la femme dont la sueur a rempli la piscine d’actionnaires millionnaires, et que l’on jette au rebut sans état d’âme.[…] Violence de ne plus être personne, puisque ce monde définit l’individu par le travail qu’il occupe”. L’antispécisme est un combat social, comme le souligne Caron. Il rejoint en cela celui contre l’esclavage, le sexisme, le racisme. C’est la voix des exploités, la dénonciation de l’injustice.

Bien sûr, j’ai adoré. Caron déplore le salaire exorbitant des footballeurs et celui dérisoire de l’ouvrier. Il encense la musique, qu’il porte au rang de “plus belle révélation faite à l’homme”. Il utilise des termes sans équivoque : ogres, bandits, mécréants. Il explore l’intérêt de l’entraide et de la solidarité, d’un monde plus juste que nous pourrions créer si nous refusions tous ensemble cette société du plus fort, du plus riche, du moins scrupuleux. Ici et là, quelques pages qui prennent un tour mélancolique, qui renvoient à sa propre existence, si fragile.

Un livre comme celui-ci, on a envie de l’offrir à tous ceux que l’on aime, bien sûr, mais aussi à tous ceux qui ne comprennent pas, ceux qui vous regardent avec suspicion quand vous affirmez que votre fils de 4 ans est végé, ou avec un mélange d’effarement et de lassitude quand vous leur dites que vous refusez de porter du cuir et de la laine. Ce livre-là, j’ai même envie de l’offrir aux 10 000 abonnés de la page Facebook anti-vegan (dont, ô rage, ô désespoir, l’un de mes frères fait partie) qui se moquent des valeurs morales sur lesquelles vous bâtissez une vie, tant il m’apparait impossible que ces lignes restent muettes à la conscience.

Il y a tant de choses à dire sur Antispécisme. Tant de passages qui m’ont interpellée! Celui sur le boycott, celui sur la question du végétarisme à la cantine, ceux sur l’écologie, le capitalisme, ceux où il établit des liens entre esclavage  et élevage, ceux sur la politique et ses acteurs, leurs dérives, leurs abus, leurs manquements. Bien sûr, ce passage où il propose de constituer “une nouvelle ENA”, qui serait l’Ecole de la Nature et des Animaux (ça me convient beaucoup mieux 🙂 ) Et tous ces passages qui proposent des solutions pertinentes, qui réhabilitent l’utopie, qui appellent à l’intelligence du coeur, sans mièvrerie, avec “anumanisme”.


Je ne suis pas d’accord avec Aymeric Caron au sujet de l’incarnation. Je fais partie de ceux qui ne croient pas au hasard, ceux qui pensent que notre chemin est à la fois l’obstacle et l’enseignement. Pour le reste, tout le reste, j’adhère totalement aux propos de l’auteur. Définitivement, je suis antispéciste.


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