Trois petits poèmes qui se promènent…

 

Le chant du choéphore.

Voici l’ennui long, englobant tous les rires passés,

L’ennui de dérision, l’ennui du corps lassé.

Sur l’ennui ennuyeux, je pose le chant vibrant

Du jeune choéphore qui va sans lassitude.

Mais la nuit sur la ville amène l’incertitude :

Le chant est lancinant.

Posée sur le sofa, jambes recroquevillées,

Je regarde Bouddha, statuette posée

Sur la bibliothèque. Détient-il mes secrets?

Je cherche l’illusion que mon esprit fourbu,

Avide de passion eût pu agréanter.

Ma gorge est rougeoyante et mes souvenirs nus.

Rien ne vient.

 

Réflexion

Les joies du voisinage.

Je rentrais du boulot, fourbue, lasse, fatiguée.

-La cage d’escalier me sembla triste et grise-

Résignée au programme -soupir désabusé-

D’un soir de solitude et de glaciale brise.

Mais sur le palier, voici qu’une odeur forte,

Enivrante au possible me chavira le coeur.

Oubliant bienséance, je frappai à la porte ;

Trois jeunes hommes ouvrirent et sourirent en choeur.

“Quel est donc ce parfum?”, demandai-je, gourmande.

“C’est une paix qui flotte”, me répondit l’un d’eux,

“Voudrais-tu donc entrer? Nous t’en ferons l’offrande.”

Et bien sûr, acceptant, ‘m’installai avec eux.

Le divan était large, d’une belle couleur orange,

Aux murs, des tableaux propices à l’évasion…

L’un des hôtes me tendit avec un sourire d’ange

Un joint que je fumais non sans grande émotion.

A genoux dans l’honneur et dans le temps perdu.

Ayant ôté ses masques, elle fut nue devant lui,

A genoux sur le sol des graves infamies.

Une lointaine tarasque rugit de cet honneur

Dont l’homme, d’un regard sec, avait tué le coeur.

Elle pleura son amour, lui murmura les mots

De la folle rédemption en un noble sanglot.

Mais allongé, serein, il resta silencieux.

Elle supplia en vain et puis ferma les yeux.

Un souffle d’une rare violence vint balayer les cris :

Elle perdit tous ses masques et fut vieille devant lui.

Elle se releva, changeante .

Un calme carnassier s’installa dans l’esprit :

Plus aucun raisonnement qu’hier il ne fuyait.

Les révoltes moururent, que le coeur bénissait.

Et le corps se stria de longues litanies.

Puis, ce fut l’aube nouvelle, sans heurt et sans audace,

Après le sommeil long, médiocre et inutile.

Et la résignation, dangereuse, efficace,

Se promena dans l’âme et d’une larme fragile

La maquilla de gris.


Je lis des poèmes...
Rendez-vous sur Hellocoton !