Le poids des maux…

Hier soir, je me suis couchée avec une drôle de sensation : celle d’avoir comme perdu toute substance.

Et les questions n’ont pas tardé. Qui suis-je? Pourquoi suis-je? Y’a-t-il une finalité? Quelle est-elle? Je crois à ce courant qui veut que nous soyons tous reliés les uns aux autres. Avec le temps, je me suis concédé un esprit plus rationnel que je ne le voudrais, mais je suis tout de même convaincue qu’il y a des mystères qui ne se résolvent qu’avec des miracles.

La mort…La douceur…Le sommeil…La peur…L’amour….

Nous vivons des temps étranges, “une drôle d’époque” comme disent certains, et j’ai l’impression que nous sommes à un carrefour, où les choix que nous ferons, comme ceux que nous ne ferons pas, seront lourds de conséquences.

Je suis mère. Le genre mère-louve, qui dort avec son petit, le regarde dormir, guette pendant son sommeil. Et hier soir, alors qu’il me semblait pouvoir être mille autres, à l’âme sans contour, l’esprit sans possibilité de définition, couchée dans la tiédeur de ce lit familier, consciente infiniment de la grâce de l’instant, (sans cri, sans douleur, sans faim qui tenaille) j’observais cet enfant paisible, la tête sur mon épaule, si petit corps tout entier tourné vers moi. Et l’amour indicible a envahi mon être. L’amour est à la fois si doux et si douloureux. Ais-je pleuré? Je ne me souviens plus…

Puis, le sommeil est venu et j’ai rêvé d’un Hexagone hermétique, étouffant sous un nationalisme absurde et effrayant. Un Hexagone cristallisé dans la peur, de celles, ignobles et implacables, qui accouchent de la haine aveugle.

A mon réveil, j’avais les yeux secs.

 

“Le patriotisme, c’est l’amour des siens. Le nationalisme, c’est la haine des autres” (Romain Gary)

Nous avons tous appris l’Histoire, et celle de cet homme à l’âme plus sombre que l’enfer, qui a mené à la mort des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, dont le seul tort était d’être nés sous une certaine étoile à la mauvaise époque. Apprenons-nous de nos erreurs? Il m’arrive de penser que tout est vain, lorsque je trébuche pour la trentième fois au même endroit. Il me suffit d’allumer la télévision ou d’ouvrir un journal pour sentir les relents acides du passé me brûler l’âme et le coeur.

Je n’ai de leçon à donner à personne. J’ai en tête des chiffres effrayants, millions de semblables qui succombent à la faim, aux bombes, à la mitraille. Certains veulent ériger des murs, car la peur est seule juge, alors que ce sont des ponts qu’il faudrait construire. Etre mère m’a approchée au plus près de mon humanité, de l’animal humain que je suis. Cette maternité pose deux questions : celle de l’amour universel et celle de la justice. Quel est ce monde où mon fils grandit, où la chance d’être, de vouloir, de croire, d’espérer et de se réaliser lui est offerte, quand l’enfant derrière la frontière n’espère que l’oubli de l’horreur, la pitié et le pain? Quand bien même ce n’est pas ma main qui le repousse, je me sens écrasée de culpabilité. Car nous sommes tous reliés.

Ceux qui veulent bâtir des murs ne comprennent pas que ce faisant, ils lacèrent leur propre coeur d’immondes barbelés.

Je n’ai pas de solution. Mais la peur de l’autre, ce saisissement écrasant qui vomit l’injustice et la barbarie, n’est définitivement pas une issue. Oui, j’ai le vertige moi aussi mais l’épouvante ne saurait m’ôter mon humanité. Je ne crois pas qu’il faille se transformer en bourreau insconscient pour protéger les siens.

J’ai foi en l’amour. Je crois que la paix vient de l’amour, que l’empathie mène à la justice et que la solidarité est le meilleur chemin vers la sécurité. Et je ne pense pas que ce soit là un raisonnement naïf, bien au contraire. Nous avons chaque jour la preuve que la haine, le racisme, l’incompréhension, le fanatisme, le sectarisme, l’intolérance, les inégalités, mènent à la violence, aux abus, à l’injustice.

“Vous voulez la paix : Créez l’amour” (Victor Hugo).

Et si, comme Moustaki, nous déclarions l’Etat de bonheur permanent?


Tableau à la une et portrait en noir et blanc : Alexys pétard

 

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