Se heurter…

En commençant cet article, je n’ai pas d’idée précise en tête. C’est pas bien, je sais. Je n’ai pas déterminé de fil conducteur , je n’ai pas défini de titres, sous-titres, grandes lignes générales. J’ignore même quel sera mon prochain mot. Je suis en roue libre, comme ça m’arrive très fréquemment dans la vie. Je n’ai qu’une sensation, que je n’ai pas seulement à l’esprit, mais qui se promène dans le corps, et c’est à cette ballade impudente que je reconnais sa profondeur et sa ténacité. Une sensation qui renvoie au heurt, à la secousse douloureuse, sorte de carambolage des émotions. Cette sensation, appelons-la fracas.

Le fracas.

C’est le bruit violent de quelque chose qui se brise. Comme les vagues qui heurtent les rochers. Le fracas dont je parle est un bruit assourdissant, mais continu, intérieur et clandestin. Il est né, donc, au creux de la poitrine, et ne semble vouloir faiblir que lorsque la fatigue l’emporte. Mais le corps est résistant, une vraie machine de guerre, et l’âme est solide elle aussi. Le coeur fissuré donne aux yeux une teinte d’absence, à qui sait observer derrière les sourires, les rires même, et les conversations quotidiennes.

Parfois, le fracas est comme un marteau-piqueur, il creuse et éprouve. Parfois, il s’adoucit, se change en vrombissement étouffé, ce qui peut être pire.

Le fracas n’empêche pas vraiment la joie, ni les élans d’amour, ni les espoirs, ni les projets. Il rend les choses moins faciles, les accomplissements moins complets, les ébauches plus sombres. C’est un clair-obscur, la vie quoi, me direz-vous peut-être. C’est vrai, j’en conviens.

Le fracas n’est pas la déprime, certainement pas la dépression, il est le choc après le heurt. Parfois, (j’en avais fait l’expérience il y a quelques années), un choc dure longtemps. Plusieurs jours, plusieurs mois. Il graille et graille, mugit obstinément. Vous pourriez objecter qu’un fracas ne dure pas. Mais je n’ai pas d’autre mot pour mieux définir cette sensation, qui dure pourtant comme le reflux incessant des vagues lors d’une marée sans fin.

Se heurter…

Il arrive que l’autre, un parent, un ami, un voisin, un enfant, se confronte et vous blesse. N’est-ce pas le propre de l’homme? La guerre, le pouvoir, la raison et la déraison…Les choses qu’on ne dit pas, parce qu’on reste à sa place, parce que la culpabilité est un hameçon bien accroché, parce qu’on espère, qu’on tempère, qu’on enfouit plus profondément encore ce qu’on a déjà enterré sous une montagne de silence. Ces choses donc, qui un jour, explosent, pour un rien, un mot sans importance, le prétexte attrapé au vol…et qui labourent tout sur leur passage. Après le heurt, voilà le fracas durable. Les mains tremblent, on peste et on rugit, on explose et on balance toutes les obligations par-dessus l’épaule, on se fout de tout, sauf de ce qui ne bouge jamais. L’amour, tel un roc, ne se déplace pas d’un millimètre, reste en place, solide, inaltérable, inaliénable. Et après?

S’aimer…

Après, la résilience. Le coeur fissuré cicatrise.

Je n’ai, évidemment, aucun conseil à donner. Pas de tenue de route, je zigzague sans arrêt en plissant les yeux pour rester à peu près dans les lignes. Mais il y a quelque chose que j’ai appris : l’amour de soi est essentiel, incontournable. Quelles que soient les difficultés, les montagnes à gravir, les heurts et les fracas, les fautes (les nôtres et celles des autres), les hivers et les canicules, l’amour de soi est essentiel, incontournable. Ensuite, éventuellement, il y a le pardon ou l’absence de pardon, mais les blessures s’estompent avec le temps.

J’accepte donc ce fracas. Je sais qu’il durera le temps qu’il faudra pour que je comprenne ce qu’il y a à comprendre.

Il ne m’empêche pas d’avancer. Il voile simplement le soleil. Momentanément.

Et puis, la vie est belle.

 

 

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