Comment je suis devenue végétalienne

Voilà 3 ans maintenant que je suis végétalienne. Avec l’actualité, on débat beaucoup sur la nécessité de manger de la viande, et des problèmes éthiques que cela suscite. Aujourd’hui, et ce n’était pas le cas il y a quelques années, plus personne ne me demande comment je fais pour me passer d’un “bon steak”. Au contraire, à chaque fois que j’ai l’occasion d’aborder le sujet, presque tous me disent “moi, je mange de moins en moins de viande”. C’est une bonne chose. Une vraie évolution. Mais ça ne rate jamais, j’ai aussi droit aux “mais ni beurre, ni yaourt ni fromage? Ha non, moi je pourrais pas…”. Pourtant, je crois que je suis l’exemple type de la personne qui pensait “ne jamais pouvoir”…

D’abord, le poulet…

Paris, novembre 2009. C’est une journée pluvieuse, je suis seule à la maison et je ne travaille pas. Assise sur le canapé, légèrement déprimée par l’hiver qui s’annonce, je zappe sans rien trouver de très intéressant. Et puis, je tombe sur une émission, je ne sais plus sur quelle chaîne, Arte peut-être, qui traite de l’élevage intensif des poulets de chair.

Je suis née et j’ai grandi en Nouvelle-Calédonie. Sur mon île, j’ai été épargnée par à peu près toutes les mauvaises nouvelles dont le monde nous abreuve, et j’ai des souvenirs de vaches broutant paisiblement dans les prés, de cow-boys chevauchant leurs chevaux pour rassembler leur troupeau et des étals de marché regorgeant de poissons frais pêchés de façon artisanale. Aucune notion d’élevage intensif. En fait, je ne m’étais jamais posé de question. Chez moi, on mange de la viande, du poisson, des langoustes, des oeufs. Chez moi, on mange des salades de cerf cru que l’on a chassé en pleine nature.

Je me souviens clairement qu’en voyant cette émission  ce jour-là, toutes ces poules entassées dans un hangar immense, sans lumière naturelle, abattues vers l’âge de 6 semaines, deux choses m’ont choquée : d’abord, bien sûr, la violence des images. Ensuite, la réalisation de ma naïveté, de mon ignorance, de mon inconscience. En éteignant la télévision, je savais que je ne pourrais plus jamais manger de poulet. Et je n’en ai plus jamais mangé. Ça ne m’a pas manqué un seul instant.

Cette émission a marqué un tournant, car ensuite je n’ai plus réussi à me voiler la face. J’ai commencé à manger de moins en moins de viande. Pendant un temps, je me suis donnée bonne conscience en achetant uniquement “de la viande bio de vaches heureuses et paisibles qui broutent l’herbe toute la journée”, label Rouge. Mais cette tentative de me dédouaner de ma responsabilité en “consommant mieux et moins” n’a pas vegan-1186353_640fonctionné. Environ quatre mois après avoir ouvert les yeux sur les conditions de l’élevage intensif, j’ai arrêté de manger les animaux qui vivaient sur terre.

 

Pesco-végétarienne?

Entre ce moment, en mars 2010, et celui où je suis devenue réellement végétarienne, il s’est écoulé presque 2 ans. 20 mois pour être précise. Pourquoi? Il y a peut-être le fait qu’on a naturellement plus d’empathie pour les mammifères que pour les poissons, ou qu’une poule peut hurler sa douleur, ce qui n’est pas le cas d’un crabe. Mais la raison principale était culturelle. Plus que culturelle, familiale, presque génétique. Je viens d’une famille de pêcheurs depuis plusieurs générations. Par pêcheur, je n’entends pas l’ouvrier travaillant sur un énorme chalutier qui racle le fond des océans. Non. J’entends l’homme qui prend son petit bateau avant l’aurore pour pêcher les poissons qu’il vendra quelques heures plus tard au marché. Pendant de longs mois, je n’ai pu me résoudre à cesser de manger du poisson, pas parce que j’aimais particulièrement ça. Oui, j’aimais manger du poisson, mais j’aimais aussi manger une entrecôte ou du jambon sec. Il y avait en moi une petite lutte intérieure. Devenir végétarienne, n’était-ce pas un peu renier les miens? Je n’y arrivais pas. J’en consommais certes de moins en moins, mais je ne parvenais pas à m’en passer complètement. Il y avait ce que ma conscience m’enjoignait à devenir et ce que je croyais devoir (et devoir être par rapport) à ma famille, comme une nécessité de loyauté vis-à-vis de mon clan. Jusqu’à ce que mon père, que je n’avais pas vu depuis plusieurs années, me rende visite à la naissance de mon fils. C’est quelques jours après son départ que j’ai définitivement assumé un végétarisme total. Je crois que ce qui a provoqué le déclic était la certitude que l’amour ne s’éteint pas avec les divergences d’opinions ou les cheminements différents. Evidemment le fait qu’il ne soit pas éleveur à la ferme des mille vaches m’a bien aidé à cette conclusion. Nous ne pouvons pas tout contrôler. J’ai lâché prise.

Renoncer au roquefort…

Le pas du végétalisme, je l’ai franchi encore une dizaine de mois plus tard. Je n’ai pas été longtemps en paix avec ma démarche végétarien102_3155_editedne. Souvent, je prenais un yaourt en chassant de mon esprit l’image d’un veau séparé de sa mère à peine né. J’adorais le roquefort, mais il avait chaque fois un goût plus amer. Même malaise avec les oeufs. Le sort des vaches laitières est pire que celui de celles destinées à la viande. Je refusais de manger un animal mort, consciente de la violence et de la peur que j’ingérais, mais je continuais à céder à ma gourmandise du chocolat au lait qui n’était pas moins empreint de violence et de peur. Petit à petit, le refus de l’exploitation animale sous toutes ses formes s’est imposé à moi. Comme une mise en lumière. C’est donc sans me forcer, mais simplement en écoutant ma raison, que j’ai délaissé le lait animal, le fromage, les oeufs. Je n’ai pas peu à peu espacé ma consommation. La veille de mon entrée dans le monde des végétaliens, j’avais mangé deux ou trois yaourts et du fromage. Je me souviens clairement de cet instant : j’ai ouvert le réfrigérateur après un repas pour y prendre un dessert lacté. Et je l’ai refermé en me disant que non, ce n’était plus possible pour moi. Il était devenu plus facile de me passer de produits animaux que d’en consommer.


Comme vous pouvez le constater, j’y suis allée lentement, par étapes. Je suis quelqu’un qui a besoin de passer par des paliers, de comprendre les choses à plusieurs niveaux : celui de la raison, de l’émotion, des sensations. Il est absolument inenvisageable pour moi de faire marche arrière. Je n’arriverais même plus à manger un oeuf “offert” par une poule qui gambade en liberté dans un foyer chaleureux qui ne la considère pas comme une poule pondeuse, mais simplement comme un être vivant. Rien ne me manque. J’ai trouvé le moyen de continuer à manger des meringues (au jus de pois chiches, c’est bluffant), j’ai remplacé le chocolat au lait de vache par du chocolat noir ou au lait d’amande, je mange du “fauxmage” au noix de cajou et à l’ail (et j’ai fait le deuil du roquefort). groceries-1343141_640

Le monde végétal est varié, coloré, riche, délicieux. Contrairement à ce que j’ai pu entendre, ce n’est absolument pas triste d’être végétalien. Il y a tant d’alternatives savoureuses. Au début, j’ai mis un peu de temps à trouver mes marques dans ce gros changement d’habitudes, lisant systématiquement les étiquettes de tous les produits en grande surface. Maintenant, je fais mes courses aussi machinalement que lorsque j’étais carnivore.

Je suis végétalienne…à grosse tendance végane. Mais je ne peux pas encore me déclarer végane. Je n’achète plus ni cuir ni laine et j’ai peu à peu remplacé mes produits d’hygiène et cosmétiques par d’autres plus éthiques et plus naturels, tout aussi efficaces et agréables. Mais j’utilise encore un produit vaisselle commun et de la lessive basique. Nul doute pour moi qu’il arrivera un moment où rien dans ma maison n’aura été générateur de souffrance animale. Je m’en approche chaque jour un peu plus. Ce n’est pas une fierté. Ni une inconfortable nécessité. C’est u102_3172_editedne évidence.

 

 

C’est l’éthique qui a motivé mon changement d’alimentation et de consommation en général. D’autres arguments me confortent dans ma démarche : l’impact de la production de viande sur l’environnement et comment elle contribue à la pauvreté et à la famine, les bénéfices pour la santé (je suis en pleine forme)…

Et vous, êtes-vous végétarien ou végétalien? Qu’est-ce qui a motivé votre démarche? Si vous ne l’êtes pas, qu’est-ce qui pourrait vous convaincre d’évoluer en ce sens? Y pensez-vous parfois?


Quelques pistes de réflexions :

Quelques blogs vraiment sympas :

Quelques livres à découvrir (surtout pour les gourmands) :

  • Vegan, Marie Laforêt, La plage
  • Petit précis pour cuisiner sans produits d’origine animale, Céline Steen et Joni Marie Newman, Marabout
  • Green, glam et gourmande, Rebecca Leffler, Marabout.
  • Gâteaux vegan, Renate D. Schmidt-Mann, White Star.
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